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Régulation des loyers au Sénégal : Diomaye lance un nouveau chantier pour soulager les ménages

La lutte contre la vie chère s’étend au logement
Alors que la question du pouvoir d’achat demeure au cœur des préoccupations des Sénégalais, le président Bassirou Diomaye Faye a ouvert un nouveau front : la régulation des loyers. Lors du Conseil des ministres du mercredi 2 septembre 2026, le chef de l’État a jugé « impératif » de réguler les coûts du loyer et appelé au déploiement de « dispositifs réglementaires et coercitifs appropriés » . Cette annonce s’inscrit dans une volonté plus large de préserver le pouvoir d’achat des ménages, alors que la « marche des paniers vides » du 5 septembre 2026 a récemment mobilisé des citoyens dakarois pour dénoncer l’envolée des prix, du logement à l’alimentation .

Un contexte marqué par une crise profonde du logement
Un déficit structurel de 500 000 logements
La pression sur les loyers n’est pas un phénomène récent. Selon le ministre de l’Urbanisme, Balla Moussa Fofana, le Sénégal accuse un déficit « structurel » de plus de 500 000 logements, une situation qui pèse lourdement sur les prix du loyer et le pouvoir d’achat des ménages . Face à ce déséquilibre entre l’offre et la demande, les loyers dans les grandes villes, en particulier à Dakar, ont connu une flambée continue.

L’objectif affiché par les pouvoirs publics est désormais de faire en sorte que le loyer ne dépasse pas 30 % du revenu des ménages . Un seuil aujourd’hui largement dépassé pour une grande partie de la population.

Une urgence sociale reconnue
Dès juillet 2024, le président Faye avait identifié la gestion de la problématique des loyers comme une « urgence sociale » . Il avait alors demandé au Premier ministre d’engager, sans délai, l’évaluation des dispositifs de régulation des coûts du loyer selon les spécificités de chaque zone .

Les nouvelles mesures : un arsenal réglementaire renforcé
Les réductions obligatoires : le mécanisme de la surface corrigée
L’une des avancées majeures du nouveau dispositif repose sur l’application de baisses automatiques sur les baux existants, via le calcul de la surface corrigée. Ce mécanisme, qui remplace l’ancienne fixation « à la tête du client », impose désormais un calcul scientifique du prix en fonction de la valeur réelle de l’immeuble, de ses commodités, de son âge et de son emplacement géographique .

Les réductions obligatoires, fixées par décret, s’appliquent selon les tranches suivantes :

Tranche de loyer (FCFA) Taux de réduction Population ciblée
Inférieur ou égal à 300 000 – 20 % Classes populaires et étudiants
De 300 001 à 500 000 – 10 % Classe moyenne (cadres, fonctionnaires)
Supérieur à 500 000 – 5 % Immobilier de luxe
Des abus encadrés : cautions et paiements
La spéculation ne se limite pas au montant mensuel du loyer. Les conditions d’accès au logement ont également été réformées pour mettre fin aux abus :

Plafonnement de la caution : elle ne peut plus excéder l’équivalent de deux mois de loyer maximum.

Paiement échelonné : à l’entrée dans les lieux, seul un mois de caution est exigé ; le second mois est étalé sur l’année.

Interdiction de l’avance : le loyer est désormais exigible à terme échu, c’est-à-dire en fin de mois.

Un organe de contrôle et de sanction : la CONAREL
Pour veiller à l’application de ces mesures, l’État a renforcé en 2024 les pouvoirs de la Commission Nationale de Régulation des Loyers (CONAREL) . Cet organe dispose désormais de pouvoirs de sanction élargis et d’un numéro vert permettant aux locataires de dénoncer tout bailleur récalcitrant. Selon plusieurs sources, des convocations au commissariat peuvent suivre en cas de non-respect des dispositions .

Des réactions contrastées sur le terrain
L’espoir des locataires
À Kaolack, l’annonce présidentielle a été accueillie avec un grand intérêt par les locataires. Insa Diouf, rencontré en centre-ville, témoigne : « Le coût du loyer devient de plus en plus difficile à supporter. Lorsque le propriétaire décide d’augmenter le prix, le locataire n’a souvent pas beaucoup de possibilités » . Il espère qu’une meilleure régulation mettra fin au « désordre réglementaire » et aux augmentations jugées excessives.

Amy Diakhaté insiste quant à elle sur la nécessité d’un contrôle effectif : « Il faut que les textes soient appliqués. Si les prix sont fixés ou encadrés, il faut également veiller à ce que les propriétaires les respectent » .

La prudence des acteurs de l’immobilier
Du côté des bailleurs et des professionnels, l’annonce est accueillie avec plus de retenue. Ils estiment qu’une régulation uniforme ne tiendrait pas compte des réalités du marché, où les prix varient fortement selon la localisation, la superficie, l’état et les équipements du logement .

Un propriétaire rencontré à Kaolack souligne la nécessité de trouver un équilibre : « Il faut lutter contre les augmentations injustifiées sans pour autant ignorer les charges supportées par les propriétaires. Il faut aussi tenir compte des investissements réalisés, du coût des matériaux de construction et des dépenses d’entretien des bâtiments » .

L’alternative publique : construire pour réguler
Au-delà des mesures coercitives, les experts s’accordent à dire que la seule solution durable pour faire baisser les loyers est d’augmenter l’offre de logements abordables. C’est l’objet du programme des « Cités de la Transformation » annoncé en début d’année 2026 .

Ce projet vise à :

Décentraliser les pôles urbains pour désengorger Dakar.

Créer des fonds de garantie publics pour soutenir la location-accession, offrant aux ménages sans apport la possibilité de devenir propriétaires à long terme .

Parallèlement, le président a demandé le renforcement des sociétés publiques comme la SICAP SA et la SN HLM dans leurs missions d’intérêt public .

Le lancement de ce nouveau chantier par Bassirou Diomaye Faye marque une étape importante dans la lutte contre la vie chère au Sénégal. Les mesures annoncées, conjuguant dispositifs réglementaires, sanctions et développement de l’offre publique, dessinent une feuille de route ambitieuse. Reste à savoir si la volonté politique affichée et les moyens déployés permettront de surmonter les résistances et de transformer durablement le marché locatif sénégalais. Les prochains mois seront décisifs pour l’application concrète de ces réformes sur le terrain.

SUKUNA

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